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Lecture « En Corps » tiré de la pièce de Rayhana « A mon âge je me cache encore pour fumer »

En allumant ma radio un matin, je fus choquée et interloquée par les nouvelles du journaliste :
une auteure de théâtre avait été agressée dans la rue quelques minutes avant une représentation de sa pièce,
qui se jouait à la maison des métallos à Paris. J’étais encore Parisienne à cette époque. J’ai été tout d’abord
choquée, qu’on puisse agresser une femme juste à côté d’une bouche de métro, en plein jour, un métro que
j’empruntais régulièrement. Puis le journaliste a expliqué que les agresseurs de cette jeune auteure, avaient
aspergé la jeune femme d’essence avant de lui jeter une cigarette au visage. Une agression révélant un mépris
total de la femme, emprunt d’un désir de destruction et d’humiliation. Fort heureusement, l’opération
assassine de ses hommes avait échoué. La pièce dans laquelle elle jouait et dont elle était l’auteure s’intitulait
« A mon âge je me cache encore pour fumer ». Le lien avec la cigarette jetée au visage et le titre de cette pièce
était donc clair. L’acte était un acte politique, idéologique. C’était intentionné et non pas le fruit d’un
malheureux hasard.
Cette jeune artiste algérienne dérangeait ces putrides mâles archaïques et fanatiques. Pourquoi ? De quoi
parlait cette pièce ? En quoi l’art mérite-t-il le meurtre ? Ou du moins le désir de terrifier pour réduire au
silence ?
Qui peut encore traiter une femme avec tant de violence de nos jours et à Paris?
Nous étions alors en 2010 depuis bien d’autres événements relevant du fanatisme et de l’obscurantisme nous
ont été révélés sur notre sol.
« A mon âge je me cache encore pour fumer » résonne en moi bien que je ne sois pas maghrébine. Je viens de
France née de parents Français. J’ai grandi en banlieue parisienne, dans le 93. J’ai grandi dans les parfums
du monde entier, dans les fêtes traditionnelles de chacun de mes camarades dont les parents venaient de tous
les coins de la planète. J’ai fêté l’Aïd, Pâques, Halloween et le nouvel an chinois.
C’est dans ce vivier que j’ai commencé le théâtre et que j’ai décidé d’y consacrer ma vie. A ce théâtre
politique, ce théâtre qui montre, ose et révèle ce qu’on ne dit que tout bas.
La violence de cette actualité m’a donc poussée à m’intéresser à cette jeune auteure algérienne, à ce qu’elle
avait écrit.
Qu’a donc écrit Rayhana qui dérange autant ?
Neuf femmes dans un hammam, le « troquet » des femmes où tout se sait et se raconte.
Une tragi-comédie où la féminité devient une arme de résistance. Où les voiles tombent. Des femmes aux
multiples visages et histoires. Elles lavent leur âme. Un texte qui envoûte et qui choque, qui nous fait
solidaires du rire aux larmes.
Un texte qu’il ne faut pas cacher, un texte qu’il faut hurler. Ne pas avoir peur de le défendre au risque de
choquer voire provoquer.
En 2016, nous devons ne pas avoir peur mais être vivants et dénoncer à notre manière les crimes d’ici et
d’ailleurs .
Cette pièce est avant-gardiste et courageuse. Nous savons aujourd’hui ce qui se passe dans le monde, les
conflits, les fanatismes qui poussent les peuples dans des migrations désespérées. Nous le savons.
Nous savons que les femmes sont les souffre-douleur de première ligne et cela depuis des milliers d’années.
La femme ou l’objet pour certains c’est pareil. La femme, la mère, la putain.
Les droits de la pièce n’étant pas libres , nous avons intitulé notre travail issu d’une recherche de mise en
espace mêlant la danse et l’interprétation théâtrale : « En corps ».
Il s’agit d’une adaptation libre du texte de Rayhana. Elle réunit des femmes d’âges et de parcours différents,
dont les trajectoires se sont croisées grâce à leur amour commun du théâtre. Des comédiennes désireuses de
parler des femmes, désireuses de prendre la parole pour celles qui ne l’ont plus.
Emilie Coiteux

 

Horaire : 20 h

Participation Libre